« ‘Gilets Jaunes’, week-end V: Le peuple en marche interdit par un ‘présidant’ ‘En Marche’! », billet d’humeur par Bruno Adrie

Week-end V: les centres villes se ferment aux Gilets Jaunes. Le peuple en marche est immobilisé par un présidant « En Marche! », mais en sens inverse. Le peuple en colère veut crier mais se trouve bâillonné par le gueulant de meeting à poitrine creuse, époumonné, sans voix. Le peuple exige de le voir partir mais le présidant ne veut pas. Il se cramponne à son fauteuil, ficelé costard, reste agrippé à ses ors, refuse de quitter le palais. Il est si bien ici. Il y est si important. Son regard collé au décor, à en loucher presque, il voudrait que ça ne s’arrête jamais, présider à vie, adulé, palpé, benallé, quatorzejuillé. La fête en somme!
Mais souvenez-vous. Il était tellement sûr de lui, tellement certain d’être réélu en 2022 qu’il a fait son bravache. « Qu’ils viennent me chercher » qu’il leur a lancé aux gueux depuis l’intérieur de sa forteresse inexpugnable, entouré de députés automatiques et de ministres qui ne font pas de politique
 mais n’ont pas leur pareil pour organiser le pillage.
Maintenant, il se sent moins à l’aise. Bon, il a ses bataillons de gaziers briseurs de gueules, mais le week-end dernier, il a quand même pensé à l’hélico. Dans le doute, l’hélico, c’est toujours bien d’en avoir un dans le garage.
Car ils l’ont pris au pied de la lettre, les fils de riens. Ils ont eu le culot de venir le chercher, les illettrés. Tous les week-ends depuis un mois, affrontant ses tempêtes de coups de matraques, traversant ses nappes de brouillard lacrymo, prenant les coups qu’il leur fait distribuer à grand renfort de « félicitations aux forces de l’ordre ».
Et le soir, à peine rentrés chez eux – je parle de ceux qui ne finissent pas entassés dans ses geôles -, le visage en viande saignante et le corps parcouru d’ecchymoses, avant même de se servir la soupe, ils lui font la promesse de revenir. Il faut croire qu’ils assument. Ce qui n’est pas son cas, même s’il s’en est vanté. Des mots aux actes, il y a parfois une distance… surtout quand on vit là-haut.
Il peut les congratuler, ses prétoriens exténués car, même quand ils n’ont plus de force, il leur en reste toujours assez pour se jeter à quatre ou cinq sur un manifestant qu’ils clouent au sol, étouffent à la bombone et rouent de coups pendant que l’un d’eux, d’un genou bien planté et sadique, lui gauchit la face contre le pavé.
Au fond, il est sacrément pédagogue, ce présidant, car, grâce à lui, même les naïfs et les lents du ciboulot vont finir par comprendre qu’en République le seul citoyen c’est l’Argent et que nous ne sommes que des esclaves promis par lui et par ses clones ministres, sous-ministres  et députés, aux jets de gaz, à l’écrasement et à la matraque.

Bruno Adrie