« Du fond de l’abîme, Macron nous parle: l’allocution crépusculaire d’un astre mort », par Bruno Adrie

Passé depuis longtemps maître dans l’art de tout dire et son contraire, le président olympien a profité de l’absence de sa nymphe Égérie, partie prendre du repos en bord de mer, pour nous concocter une allocution tiédasse remuée sur un coin de table dans une atmosphère crépusculaire. Une ambiance éteinte, privée de lumière, qui aurait été pour Léon Bloy – qui voyait dans chaque événement une « hiérographie providentielle » – le signe annonciateur de la fin précipitée du règne de celui qu’un vote naïf et irresponsable avait promis aux délices d’un plein quinquennat.
« J’ai entendu les critiques » nous dit le président, mais il nous assure ‘en même temps’ qu’il ne changera pas de cap. Il a entendu les critiques mais il va persévérer dans la destruction des services publics. Il a entendu les critiques mais il va continuer, car il ne peut pas s’en empêcher, de nous débiter les tirades amphigouriques qu’il appelle euphémiquement son « franc-parler ». Il va continuer, fort de la confiance témoignée par les Français lors des élections de l’année passée… Qu’importe si les bernés de la première heure ne veulent plus de lui aujourd’hui. Ils ont voté et c’est bouclé car on n’a le droit de s’exprimer que tous les cinq ans. Dictature de la démocratie. Tais-toi et vote! Et, ensuite, tais-toi!
Cette allocution n’a été au fond qu’un petit oral consistant en la lecture des feuilles brouillonnées que le zézayant mandataire tripotait vaguement. Un oral médiocre dans lequel nous avons décelé tout le plaisir que prend le personnage – un plaisir qu’il a toujours pris – à raconter des craques, à se moquer du monde, à raccorder des mots creux pour fabriquer des phrases creuses tout en prenant cet air convaincu qui ne convainc personne ou presque – il y aura toujours des nigauds. Il nous a présenté une séance d’hypnose qui n’a marché que sur lui-même.
Jouer les hypnotiseurs, voilà précisément ce qu’il prend pour son point fort! Endormir popu par le boniment, lui susurrer sa morphine pour ensuite courir aux portes de la ville et faire entrer l’ennemi qui bave de plaisir, des crocs plein les yeux, en attendant la curée!
Et de se trouver malin, plus malin que les autres…
C’est cet orgueil stupide d’enfant-roi qui aura tué sa présidence, cet orgueil qui lui chuchote qu’il est bon alors qu’il est mauvais. Et il est trop tard aujourd’hui. Aucune allocution, aucun remaniement, aucune force cosmique ne pourra relever cet astre mort de la politique qui depuis sa sortie des ténèbres – rappelez-vous la mise en scène risible de la pyramide – a promis chaque jour d’y retomber.
Nous espérons que ce sera lourdement. 

Bruno Adrie