« Macron, Poutine, le tutoiement et le parfum de la démerde… », par Bruno Adrie

L’une des caractéristiques du parvenu, c’est l’impérieux besoin qu’il éprouve de convaincre et de se convaincre qu’il est arrivé. C’est en serrant chaleureusement la main de ceux qu’il envie et dont il souhaite voir rejaillir sur lui l’importance – réelle ou supposée, en tout cas admise collectivement – que le parvenu – un parvenu qui, au fond, n’en revient pas de son ascension – cherche à se prouver qu’il est bien arrivé au royaume des dieux. Et quand serrer la main ne suffit pas, il cajole, il embrasse, il se frotte et il sourit, satisfait, plein d’un naturel d’emprunt – d’un naturel emprunté –, qui ne trompe que lui et qui veut faire accroire que les photographes l’ont surpris en pleine complicité avec un vieux camarade avec qui il partage une estime et une admiration tellement réciproques.

Il est ainsi le singe qui est en l’homme, le singe qui a survécu à l’homme et qui continue de se mouvoir en lui, de faire surface et de le dominer jusqu’à l’effacer parfois et trop souvent. Il est ainsi le singe qui est en l’homme et on aura beau le brosser, l’encostarder, le chausser en veau et lui apprendre à baragouiner des sornettes, il restera un singe bruiteur aux intentions trop lisibles et aux manières trop révélatrices de ses envies de singe, de ses fantasmes de singe, de ses délires de singe.

C’est ainsi que le propulsé, le mielleux, le duplice, le président d’un Gaule déliquescente, le candidat gagnant des billets de banques retournés en bulletins de vote, a tutoyé Poutine en public, en lui donnant du “cher Vladimir”. Que ne ferait-il pour se donner l’illusion d’être quelqu’un ?

Sans doute conscient des vraies raisons de ce tutoiement planifié par l’instinct, le président russe lui a répondu par un vouvoiement délibéré, le renvoyant à son rôle de représentant de la France, à ce rôle dans lequel notre République l’a enfilé pour cinq ans comme dans un habit déjà feutré et hors duquel il redeviendra que le citoyen Macron, un citoyen millionnaire, certes, mais, au fond, un simple citoyen, un démerdé moralement à poil, noué par la cravate aux Zeppelins de la finance qui, grâce à lui, auront pris de l’altitude pendant son quinquennat secoué par tous les vents de la roublardise.

Il passera le démerdé et il le sait, alors il en profite. Il sait que son moment de gloire, c’est aujourd’hui et que, demain, un autre prendra sa place.

Et comme l’a écrit Jean Cau – je ne souviens plus de son exacte formulation –, lorsque le démerdé passe, il laisse derrière lui cette odeur…

Un parfum d’arrivisme sans doute, car il convient de rester poli. On ne plaisante pas avec les institutions.

Bruno Adrie

Photographie : © Sputnik . Mikhail Klimentiev