« Jean d’Ormesson ou la feinte désinvolture d’un mondain obsédé par son propre succès », par Bruno Adrie

Dans un numéro d’ONPC de 2014, la rebelle encore dans l’oeuf Natacha Polony s’extasie sur les divagations de Jean d’Ormesson et trouve – ou fait semblant de trouver – que ce dernier a fait, en écrivant son dernier petit roman qui, au demeurant, n’en est pas un, de la « métaphysique souriante ». L’écrivain académicien dissimule mal combien il goûte le compliment derrière ses rides de cabotin malicieux et on sent bien qu’il le garde sous sa langue pour mieux le laisser fondre et prolonger son plaisir. Aux questions qu’on lui pose, le vieux causeur à particule répond en déroulant des colliers de platitudes ornés de citations venues remplacer chez lui toute réflexion originale. Il récite des phrases apprises, qu’on imagine répétées en peignoir devant le miroir de sa salle de bains, chantonne, menton en avant, quelques mièvreries et cherche, la main presque sur le coeur, à singer la sagesse avec ses grimaces de vieux primate doré et redoré sous les soleils figés d’une vie d’éternel vacancier.
Entre les applause d’un public figurant et la bienveillance douteuse d’interviewers apparemment acquis à sa médiocrité, Jean d’Ormesson ou la feinte désinvolture d’un mondain obsédé par son propre succès. Un succès qui ne devrait pas passer l’hiver.

Bruno Adrie