« Emile Boutelier et la ‘torture systématique’ au pays de Nicolás Maduro », par Bruno Adrie

Le site Les crises d’Olivier Berruyer vient de reprendre un article de L’Obs, propriété du milliardaire Xavier Niel, intitulé « Torture systématique au Venezuela: ce qui se passe derrière les barreaux ». L’auteur, Emile Boutelier, y dénonce la « violence d’Etat orchestrée par le président Nicolás Maduro ». Reprenant une estimation de l’ONG Foro penal, il affirme que « 4.500 personnes ont été arrêtées pour leur engagement politique en quatre mois, et que près de 1.500 y sont toujours ». Il cite aussi Geneviève Garrigos, la présidente d’Amnesty International France, pour qui les prisons du Venezuela offrent « des conditions d’incarcération particulièrement dramatiques » et sont, depuis 2014, le théâtre d’une “systématisation de la pratique de la torture”, systématisation confirmée par Luis Almagro de l’OEA. Enfin, il cite un article du Washington Post qui, reprenant des informations fournies par Human Right Watch, affirmait, en juin 2017, qu’une quinzaine de personnes avaient dû « manger des excréments avec des pâtes crues » dans une prison de Valencia.

En partageant cet article, Olivier Berruyer souhaite, sans prendre parti, « compléter la vision diffusée par les médias ». Ici, il ne la complète pas, il la reprend à la lettre. Mais nous sommes certain que ce n’était pas son intention et qu’il a été pris par le temps.

Emile Boutelier est journaliste à L’Obs, mais ce normalien est aussi rédacteur au Ministère de l’Europe et des affaires étrangères depuis juin 2016. Ayant d’excellentes fréquentations dans un ministère caniche des Etats-Unis, Emile Boutelier est certainement une source fiable.

Foro Penal Venezolano est une ONG intégrant 200 avocats qui se sont engagés à aider les personnes en situation de détention arbitraire. L’ONG est présidée par Alfredo Romero qui est intervenu dans un forum intitulé « US democracy support : 2016 and beyond », le 14 octobre 2015, au siège de Freedom House à Washington (1850 M Street NW, Suite 1100 Washington, DC 20036). Lors de ce forum, sont aussi intervenus, Elliott Abrams du Council on Foreign Relations et Paula Dobriansky, tous deux signataires du célèbre « Statement of principles » du Project for an American Century (PNAC), qui avait fait pression sur William Clinton à partir du printemps 1997 pour qu’il attaque l’Irak et avait, ensuite, soutenu George W. Bush durant sa campagne électorale pour les présidentielles de 2000. Rappelons que les membres les plus célèbres du PNAC étaient Richard Cheney, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz et Jeb Bush. Ayant d’excellentes fréquentations, Alfredo Romero est certainement une source fiable. Il ne lui manque plus qu’un casque blanc pour être parrainé à Hollywood par Mister « What else ? ».

Geneviève Garrigos est présidente d’Amnesty international depuis mars 2008. Cette HEC, docteur en pharmacie a, toute sa vie, fait carrière dans l’industrie pharmaceutique. Après avoir été directrice de la communication et RH chez Ethypharm de 1999 à 2003, puis directrice des ressources humaines et communication chez Novagali Pharma SA de 2005 à 2011, elle a été recrutée comme Europe Corporate Communication Director par Santen Europe en juillet 2011, une firme pour laquelle elle travaille encore aujourd’hui. Ayant d’excellentes fréquentations, Geneviève Garrigos est certainement une source fiable. Nous aimerions, toutefois, bien connaître sa rémunération chez Amnesty.

Le travail de Human Rights Watch au Vénézuela a été l’objet d’une controverse en septembre 2008, lorsque le gouvernement a contraint deux de ses représentants à quitter le pays pour cause d’activité hostile à l’État.  Nicolas Maduro, qui était alors ministre des affaires étrangères de la République bolivarienne, a accusé l’organisation Human Right Watch d’être financée par les Etats-Unis et d’avoir reçu pour mission d’attaquer les pays qui élaborent de nouveaux modèles économiques. Mais ces accusations ayant été proférées par Nicolas Maduro, on doit sans doute en conclure que Human Right Watch est une source fiable.

Luis Almagro a été ministre des affaires étrangères du président uruguayen Pepe Mujica de 2010 à 2015. Même si, autrefois, il a été membre du Frente amplio urugayen, une organisation politique anti-oligarchique et anti-impérialiste, Pepe Mujica le considère aujourd’hui comme un démissionnaire de la gauche et un traître à la cause vénézuélienne. En témoigne la lettre qu’il lui a adressée dans laquelle il lui dit que le Venezuela a besoin d’eux « comme maçons et pas comme juges ». Et de faire le constat suivant : « Tu sais que je t’ai toujours soutenu, tu sais que tacitement j’ai soutenu ta candidature à l’OEA. Je regrette aujourd’hui que les faits me démontrent de façon réitérée que j’étais dans l’erreur. Je ne peux pas comprendre tes silences sur Haïti, le Guatemala et Asunción, alors qu’en même temps tu publies une lettre réponse au Venezuela. Je comprends que, sans le dire,  tu m’as dit adieu. »

Luis Almagro, étant un transfuge de la gauche et ayant trahi la confiance et l’amitié de Pepe Mujica, cela fait certainement de lui une source fiable.

Nous ne prétendons pas qu’il n’y a pas eu de cas de torture dans les prisons du Venezuela, nous prétendons seulement que les sources citées par cet article manquent de sérieux ou de précision. D’autre part, nous tenons à rappeler que dès les élections de 1998, le mouvement bolivarien a été infiltré par des éléments oligarchiques qui pensaient pouvoir manipuler le lieutenant-colonel Chavez, une fois celui-ci au pouvoir. Il convient aussi de rappeler que l’État vénézuélien – et la police en dépend – est demeuré le relais des intérêts oligarchiques et qu’il a toujours gêné, voire empêché, la mise en place des politiques chavistes. C’est raison pour laquelle Hugo Chavez avait obtenu du parlement, en 2001, l’habilitation à légiférer par ordonnances. C’est aussi la raison pour laquelle il avait créé les missions locales.

En conclusion, je doute que le rédacteur du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, Emile Boutelier, soit en mesure de prouver que le président Nicolás Maduro a donné l’ordre de faire avaler des excréments avec des pâtes sèches à la quinzaine de prisonniers cités par Human Right Watch, information reprise, avec la délectation qu’on devine, par le Washington Post, qui est un organe de l’oligarchie américaine. Compte tenu de la piètre qualité de son papier, nous sommes enclins à conseiller à Emile Boutelier de tourner le dos à L’Obs et au métier de journaliste afin de se consacrer, full time, aux griffonnages diplomatiques commandés par le Quai d’Orsay, son employeur qui est aussi le serviteur trop zélé et trop empressé de l’ambassade américaine en France.

Bruno Adrie