“Un recours contre la dictature”, par Bruno Adrie

Les électeurs emmarchiens peuvent se réjouir car toutes les garanties ont été prises, toutes les sécurités apparemment mises en place pour que soit mené jusqu’à son terme le coup d’État médiatico-électoral qui a placé l’Union européenne sur le trône de France en la personne d’un président bourgeonnant de remarques saugrenues et qui, sans doute pour cette raison, se voudrait printanier.

Ils peuvent se réjouir parce leur président ni de droite ni de gauche est tout de même en train de créer les conditions pour lancer, contre le salariat, la blitzkrieg que l’arrogant Fillon avait annoncée avec une mine suffisante devant un parterre de philanthropes attachés à la sauvegarde de leurs rentes indues.

En exigeant de ses députés qu’ils votent aveuglément en faveur des déjections législatives extravasées par son gouvernement, le président marionnette a voulu se donner les coudées franches afin de pouvoir mener à bien et sans entrave légale le saccage de l’univers salarial et de l’Etat de droit.

Cette approche est une merveille d’hypocrisie qui permet de bâtir une dictature derrière une démocratie de façade, une dictature pas vue pas prise, une dictature jouant à cache-cache avec les apparences. Pas besoin d’un 10 juillet tonnant pour le président du CAC40, pas besoin de renverser la République et de fonder un « État français » quand, à chaque vote, une majorité parlementaire à quatre-vingt-dix pour cent néophyte et à cent pour cent avaleuse de couleuvres redonne à son gouvernement un blanc-seing qui n’est au fond qu’une tranche de dictature. Chaque tranche qui viendra s’ajouter complètera la précédente et ainsi de suite, jusqu’à former une dictature complète, une dictature débarquée par surprise, une forme inédite de coup d’État que la majorité des Français n’aura pas vu venir et qui permettra aux capitalistes français et étrangers de recevoir toujours plus de largesses d’un État définitivement confisqué par ses laquais diplômés qui comptent sur les dividendes de leur trahison pour rouler carrosse et mener une vie de château.

C’est contre cela que se dressent aujourd’hui la France Insoumise, la Nouvelle Gauche et GDR qui viennent d’adresser un recours devant le conseil constitutionnel au motif que la Loi d’habilitation à prendre par ordonnances les mesures pour le renforcement du dialogue social  (pdf) définitivement adoptée le 3 août – confie au gouvernement un mandat imprécis et « contrevient à plusieurs principes et libertés constitutionnels ». La lettre envoyée par les trois formations politiques insiste en particulier sur le fait que « cette loi a été marquée par des délais et des conditions matérielles ayant empêché le Parlement d’exercer son rôle constitutionnel » et que « sur le fond, elle méconnaît l’exigence de précision des finalités de l’habilitation qui découle de l’article 38 de la Constitution ». Entretenant « le vague sur les mesures à venir », cette loi  « laisse toute latitude au gouvernement pour modifier à sa guise le code du travail sans garantie du respect des droits fondamentaux des salariés ».

message quatennens 3 aout

En adressant ce recours au Conseil Constitutionnel, les trois formations signataires ne font rien d’autre qu’exprimer leur refus de donner un chèque en blanc au gouvernement, de remettre les clefs de la ville à l’envahisseur qui, une fois en possession de celles-ci, pourra légalement décréter sa mise à sac, de donner les pleins pouvoirs à un dictateur. Un dictateur poussé par ses amis excédés par la lenteur et les résistances du processus démocratique et qui ont décidé d’y mettre un terme, tout simplement.

Il est donc important, ce recours, parce que c’est sans doute un dernier appel contre le coup d’État qui en train de se produire sous nos yeux.

Bruno Adrie

Photographie : Communiqué mis en ligne sur la page facebook d’Adrien Quatennens.