« Pénicaud, sa tignasse et le respect dû aux gueules de riens », par Bruno Adrie

On m’a reproché d’attaquer Pénicaud sur son physique. Il est vrai que je l’ai dépeinte comme une momie desséchée, comme une mal peignée, comme une ministre coiffée à la serpillère. On m’a reproché d’attaquer une femme. Comme si je n’attaquais que les femmes. J’aurais aussi bien pu attaquer un mal peigné, un coiffé à la serpillère, un Cohn-Bendit dégueulasse de familiarité et dégoulinant de lubricité. Me l’aurait-on reproché ?

Mais je vais répondre.

Primo, les gens voient la caricature lorsqu’elle est dessinée et ils la prennent pour un portrait lorsqu’elle est écrite. Si j’avais dessiné Pénicaud avec un grand nez, des yeux petits et méchants et des lèvres pincées prises dans la gélatine d’un menton inexistant, le tout couronné d’une masse désordonnée d’étoupe prête à mettre le feu au code du travail, on m’aurait presque trouvé du talent. Mais une fois décrite, une fois écrite, cette même caricature devient dans l’esprit de certains lecteurs un portrait. Un manque de recul que je trouve inquiétant…

Secundo, je m’en fiche bien de la trogne de Pénicaud. C’est sa banalité, c’est la platitude qui se dégage de son personnage (et de celui de tous les emmarchiens) que je souligne. Les gens qui nous exploitent et ceux qui nous font la guerre sont tristement banals. Des sans-envergure, des translucides. Pénicaud translucide, Macron translucide, Brigitte translucide, Philippe translucide, avec leurs gueules figées dans des rictus de contentement, leurs gueules de chiens fiers de leurs chienneries qui nous conduisent à la catastrophe, leurs gueules de riens gavés de pognon, leurs gueules d’encostardés, de savonnés, de vuittonnés transpirant l’urée d’une indésodorisable satisfaction. Ces gens sont mes ennemis, nos ennemis, qu’ils aillent au diable avec leur panoplie d’orgueil, leurs poses arrogantes et leur sérieux crispé de comédie auquel ne croient que les imbéciles. Impossible à dire poliment.

Tertio : pourquoi serais-je poli et respectueux à leur égard ? On ne répond pas à son assassin par des politesses. On l’étale, on retourne le tapis de mensonges sur lequel il défile dans ce festival des necessary illusions, on déchire la tapisserie de propagande que les épiciers de la palabre tendent chaque jour sur une réalité qui, si elle était définitivement dévoilée, ferait fuir en se bouchant le nez ceux qui n’ont jamais rien vu et qui, peut-être, ne verront jamais rien.

Voilà pourquoi je continuerai de caricaturer ces gueules de riens, ces gueules d’un jour et de profiteurs de toujours en chiffonnant avec jubilation les sermons tendus par nos petits moralistes atteints de myopie.

Bruno Adrie