« L’axe Macron-Berlin? », par Bruno Adrie

Dans un récent communiqué, Macron affirme: “Avec moi, ce sera la fin d’une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans”.
« Bravo! », s’écrient ceux qui croient aux mots et qui ne voient pas dans les déclarations des politiques des messages qui doivent rester celés pour le public mais qui sont parfaitement clairs pour leurs véritables destinataires. Comment cette déclaration sera-t-elle lue à Washington? Parions que ce sera de la manière suivante: « Désormais nous prendrons nos distances avec vous pour nous rapprocher de Berlin ». Hollande avait commencé la manoeuvre au sommet de l’OTAN à Varsovie en juin 2016 en disant que la Russie n’était pas un adversaire et pas une menace. Merkel était allée plus loin en affirmant la nécessité de créer une zone économique commune avec la Russie en Europe. Une Drang nach Osten pacifique mais indépendante? Adieu le parapluie US? Bien entendu, nos deux francs-tireurs étaient rentrés dans le rang dès le mois de septembre. Que s’était-il passé pendant l’été?
Les historiens Annie Lacroix-Riz et Perry Anderson affirment que les élites françaises, c’est-à-dire les bailleurs de fonds de Hollande et de Macron, veulent un rapprochement avec l’Allemagne. N’est-ce pas cela que Macron affirme dans sa déclaration? Dans ce cas, contrairement à ce qu’on peut entendre ou lire, il n’y aurait pas vraiment de rupture avec le passé dans la politique étrangère emmarchienne de Macron… une continuité plutôt: la réaffirmation du désir de nos milieux dirigeants de s’émanciper du « sauveur » de 44 pour mieux se mettre, comme dans les années 30, à la remorque d’une Allemagne qui garantira les rentes et la paix sociale.
Devant tant d’esprit frondeur, quelle sera la réaction des Etasuniens? Je ne sais pas mais je ne doute pas qu’ils chercheront à exercer toutes les pressions possibles. Pour le savoir, il faudrait faire l’inventaire de leur boîte à outils diplomatique et bien chercher dans les double-fonds. Qui sait? Nous pourrions y trouver des choses inattendues pour qui ne les connaît pas ou ne veut pas les connaître… Affaire à suivre, donc.
Bruno Adrie