« La classe nuisible des ’emmarchiens' », par Bruno Adrie

Dans son dernier papier intitulé « Situation » , Frédéric Lordon désigne les électeurs emmarchiens comme « classe nuisible ». J’adore cette expression qui ne devrait pas manquer de voir son auteur traité de stalinien par ceux qui, entourés de toutes parts par la vague montante d’un néolibéralisme qui les ensevelira, ne craignent que le péril rouge. Un péril rouge qui, dans quelques temps, ressemblera peut-être, même à leurs yeux, au seul rempart qui eût été capable de leur éviter d’être emportés et noyés. Il est vrai que cette classe nuisible est très bête – disons très abêtie – puisque totalement habitée par les représentations imposées par la société de la marchandise et du spectacle. Quand, dans ses Essais et écrits de combat, Bernanos s’adressait aux prédécesseurs de celle-ci – car chaque génération porte en son sein, comme une fatalité, des tombereaux d’ignares prolixes -, il faisait toujours débuter ses objurgations par: « Imbéciles! ». Aujourd’hui les imbéciles ont des diplômes imprimés sur papier laser mais pas de discernement. Ils ne possèdent pas le langage mais sont possédés par lui. Ils ne pensent pas mais sont pensés. Ils en ont plein la tête, plein leur têtes molles, de cette novlangue élaborée dans les officines totalitaires de l’Argent-Roi dont notre président, élu de justesse et lors d’un coup d’Etat électoral habilement mis en scène, n’est qu’un bas serviteur. Je me dis que l’opinion, ce mille-pattes aveugle et tâtonnant, le jugera bientôt plus baudruche encore que son prédécesseur. J’attends ce moment avec impatience…