« Macron, Ruffin et le bilan du quinquennat Hollande», par Bruno Adrie

 

Dans L’émission politique du 6 avril 2017 animée par la fille de ministre Léa Salamé et l’homme au scooter d’or David Pujadas, François Ruffin faisait remarquer à un Emmanuel Macron souriant mais sur ses gardes que les mots ACTIONNAIRE, DIVIDENDE, PDG, BANQUE, FINANCE, FONDS DE PENSION ET SPECULATION avaient été les grands absents de son programme. François Ruffin, pour qui, aucun doute, la finance était bien restée l’amie du candidat d’ « En Marche ! », faisait alors semblant de se demander à qui allait bien profiter le candidat Macron et répondait à sa propre question rhétorique en lui présentant trois chèques : le premier, celui des aides publiques touchées par Whirlpool (63 millions d’euros) ; le second, celui du CICE dont ont bénéficié les actionnaires et PDG des très grosses entreprises (plus de 20 milliards d’euros) ; le troisième, et c’est là, qu’après deux banderilles, il plantait son épée dans le cœur à sang froid du taurillon à lingettes, un chèque en blanc destiné à ses amis du CAC40 qu’il l’exhortait à remplir immédiatement sur le plateau.

En faisant cela, François Ruffin parlait du réel, il citait des faits et voulait obliger le candidat d’ « En Marche ! » à se démasquer. Il plaçait le débat et le candidat où il doivent se situer : sur le terrain social, en évoquant la souffrance des travailleurs de Whirlpool, et sur le terrain économique, où est censé exceller le brillantissime, brigittinlovissime et surdiplômissime ex ministre des finances. Sur ces deux terrains, François Ruffin questionnait la pertinence et l’honnêteté des décisions prises par un Macron qui avait le toupet de se présenter comme un homme nouveau alors qu’il avait été, malgré son jeune âge, l’un des principaux artisans du bilan calamiteux de la présidence « Hollande/CAC40 contre les sans-dents ».

Qu’a fait, alors, le poupon des médias ? Qu’a-t-il opposé aux arguments puisés à même la vie par François Ruffin ? A-t-il cherché à se justifier ? Pas le moins du monde. Il a noyé le poisson en décontextualisant ! Fuyant la question sociale, fuyant l’économie et ses responsabilités, il a dit à son interlocuteur : « Vous êtes un homme de convictions » (sous entendu, ce que vous m’exposez là ce sont vos convictions que je ne peux pas vous reprocher d’avoir mais permettez que je ne réponde pas à la question que vous me posez) ; « vous êtes un homme libre » (libre de quoi ? Allez savoir, dans un monde où les libertés se restreignent chaque jour et où les banques et les milieux d’affaires ont complètement confisqué le pouvoir allant jusqu’à fausser un jeu électoral qui a saigné plus qu’à l’habitude sous les volées de flèches des propagandes. La preuve, c’est moi, Macron, le météore !) ; « vos combats sont vos combats et j’ai les miens » (tautologie signifiant que vos combats ne sont pas ceux de tout le monde. Cessez donc de tout ramener à vous et respectez les miens qui sont opposés aux vôtres mais je ne dirai rien à leur sujet car j’ai entre autres reçu pour mission de mettre les salariés à genoux devant le capital).

Quand Macron ne sait pas répondre, quand Macron ne peut pas répondre, quand Macron ne peut pas faire disparaître les vérités sanglantes qu’on lui étale sous les yeux, quand François Ruffin lui rappelle les trahisons du quinquennat Hollande dont il est l’un des principaux architectes, il emporte tout le monde et paie sa tournée, c’est sa technique, la technique Macron :

« Allez ! Ouste ! Au Café du commerce les Ruffin, les Salamé, les Pujadas, les Macron, et le public avec ! Tous au café, autour d’un zinc où vous voyez deux hommes qui se rencontrent et qui bavardent (rien de plus, au fond), deux hommes libres (mais pas égaux), deux hommes bourrés de convictions (lui et moi, moi comme lui), deux hommes ayant chacun son combat (et tous deux respectables à ce titre), deux hommes différents mais se valant, échangeant librement, qui ne sont pas d’accord sur tout mais qu’importe, la vie n’est pas faite que d’accords et cela n’enlève rien à l’estime qui doit être mutuelle (estimez-moi, bon sang !). »

Tout ça pour ne pas dire la vérité. Tout ce cinéma pour ne pas dire : « Non, François Ruffin, vous ne m’obligerez pas à rentrer dans votre jeu, non, je ne parlerai pas des cadeaux faits aux ultra riches, non je ne dirai pas que le système des délocalisations n’est pas naturel mais a été mis en place pour augmenter vertigineusement les marges des actionnaires et que ça s’est fait VOLONTAIREMENT au détriment des travailleurs, non je ne vous laisserai pas dire que j’ai été, que je suis et que je resterai le relais des pillards et, à ce titre, l’un des principaux responsables du délabrement social, économique et politique actuels. Je préfère ne pas vous répondre, François Ruffin, et parler dans le vide, ne parler de rien et crier tout haut mon INDÉPENDANCE, affirmer ma DIGNITÉ, alors que JE NE SUIS PAS LIBRE puisque je leur appartiens, puisqu’ils m’ont fait, puisqu’ils m’ont habillé, moi qui n’ai jamais cessé d’être ce comédien de quinze ans qui sème partout ses zézaiements comme les enfants sèment des serpentins à la foire, moi qui suis resté cet adolescent infatué qui ne se croit vrai que sur scène quand il prend la pose, bras ouverts, et qu’il récite des textes écrits par d’autres. Je ne vous dirai pas non plus, que j’ai trahi et que je vais continuer de trahir les intérêts des Français et, qu’à ce titre, JE N’AI PAS DE DIGNITÉ. Non François Ruffin, vous ne me ferez pas dire la vérité ! »

Bruno Adrie