« François Asselineau face à TF1 et à la City ! », par Bruno Adrie

 

Dans leur interview du 11 avril de François Asselineau, les deux journalistes de TF1 (appelons-les comme ça) Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau ont posé au candidat à la présidence la question de toujours, comme pour bien montrer qu’ils ne font pas et ne veulent pas faire le travail minimal d’enquête sur le programme de ce trouble-fête que les cinq cents signatures de maires indisciplinés ont propulsé dans le ciel pétaradant de notre carnaval électoral (« Qu’est-ce qui finalement vous différence de Marine Le Pen et du Front National ? »).

Puis, au moment d’aborder l’incontournable question du Frexit et pour mieux appuyer leur opposition à cette mesure qui chiffonnerait instantanément toutes les pages du catéchisme qu’eux et leurs confrères cherchent à nous faire avaler depuis des décennies, les deux intervieweurs (appelons-les plutôt comme ça) ont sorti de leur chapeau un Français anglais, un Français travaillant à la City, un monsieur David Blanc qu’on aurait pu prendre, si on n’avait fait que le croiser dans la rue, pour un understated Sir David White.

Dans une mise en scène imaginée par les reporters de la chaîne de Bouygues, nous voyons donc s’avancer ce monsieur David Blanc (White) dans ce qui doit être une salle des marchés pour se poster devant la French camera qui enregistre un cérémonial sans doute censé donner du poids à la parole qu’il va proférer. Costume bleu marine, cravate bleu marine nouée double Windsor (le nœud « pilote de ligne »), visage rappelant vaguement celui de l’apprenti thaïlandais Frédéric Mitterand sous le cheveu tiré en arrière d’un Pierre Mendès France tardif ressuscité par le sommet du crâne, M. David Blanc (White) se présente comme un conseiller financier basé à la City et s’adresse au candidat de l’UPR en surfant sur une triptyque anaphore : « Monsieur Asselineau, dans l’hypothèse de l’application de la mesure phare de votre programme, la sortie de l’euro, qu’allez-vous dire aux millions de Français qui risquent de perdre leur emploi, avec une explosion du chômage du fait, entre autres, d’une faillite probable du système bancaire français ? Qu’allez-vous dire à ceux et à celles qui comptent sur l’aide de l’Etat français pour leur traitement, leur retraite, leur aide sociale ? Qu’allez-vous dire à tous ces Français qui n’auraient plus la possibilité d’acheter les produits qu’ils aiment (sic) du fait d’un effondrement de leur pouvoir d’achat ? »

Au-delà du fait que ces questions ne pouvaient être que du petit lait pour François Asselineau, il convient de rappeler que David Blanc (White) n’en est pas à sa première apparition télévisée. Comme il l’arbore sur son compte LinkedIn, il a déjà été consulté par la chaîne de Bouygues (cette même chaîne que François Asselineau a promis de nationaliser s’il était élu), deux fois en juin 2016 et une fois en mars 2017. David Blanc (White) a d’ailleurs été cité par Europe1 pour s’inquiéter et inquiéter l’auditeur au sujet de la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne le 24 juin 2016. « On vend la livre sterling pour acheter des dollars, de l’euro. On attend un effet domino », indiquait alors David Blanc (White) devant le risque d’un Brexit qui promettait d’être une catastrophe.

Avec le dénouement que l’on sait…

On pourrait être surpris, soit dit en passant, que David Blanc (White) ne soit pas devenu plus prudent au sujet d’un éventuel Frexit du fait de la position qu’il occupe à Londres.

Le meilleur est à venir concernant David Blanc (White). Il se présente au micro de TF1 comme conseiller en investissement à la City mais ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il travaille pour la firme LGT Vestra qui a pour actionnaire majoritaire la firme LGT, une banque privée d’investissement et de gestion d’actifs entièrement détenue par la famille royale du Lichtenstein !  « LGT est la plus grande banque privée et groupe de gestion d’actifs au monde détenue par une seule famille », claironne la banque liechtensteinoise sur son site web. Une institution financière qui affiche des résultats particulièrement intéressants puisqu’au 31 décembre 2015, elle avouait gérer 132,2 milliards de francs suisses ce qui représentait alors pour elle « un accroissement de plus de 50% sur les cinq dernières années ».

David Blanc (White) est un peu cachottier, mais c’est normal quand on est banquier. Irons-nous jusqu’à soupçonner que, si la France sortait de l’UE et cherchait à contrôler un peu mieux les capitaux entrant et sortant de son territoire, cette décision politique nuirait aux intérêts de LTG et LTG Vestra ?

C’est donc non seulement depuis le paradis fiscal de la City que David Blanc (White) nous parle, mais c’est aussi depuis une entité bancaire essentiellement détenue par la famille qui règne sur le Lichtenstein, un autre paradis fiscal européen. C’est donc depuis deux havres des évasions fiscales que cet ambassadeur de la finance vient nous seriner que la mesure prise par un président au fait des questions économiques pourrait jeter les Français dans une misère noire. Puisque l’Europe lui paraît être la plus belle des institutions, comment n’a-t-il pas encore conseillé au prince qui trône à Vaduz de soumettre la candidature de sa principauté à nos chères instances supranationales ?

Décidément, les interviewers de TF1 ont, comme toujours, mal fait leur travail. Non seulement, ils n’ont pas lu le programme de François Asselineau, mais en plus, ils ont cru l’impressionner en lui présentant un de leurs experts « one clic », qui a accepté, sans doute par orgueil puisqu’il ne devrait pas manquer de l’ajouter sous peu à sa page LinkedIn, de jouer l’idiot européiste utile alors qu’il travaille pour des altesses « non européennes ».

S’il était élu président, M. Asselineau aurait bien raison de nationaliser TF1, cette grande cuve toujours pleine à déborder d’une bave journalistique dans laquelle flottent des débris prédigérés que des téléspectateurs détritivores prennent pour de l’information. Il ferait bien, aussi, de rouvrir, à Cayenne, une volière dans laquelle il pourrait enfermer tous ces petits oiseaux prétentieux et jacassiers qui se prennent pour des aigles et qui dansent, perchés sur leur brindille d’orgueil, devant un public qui n’a pas encore tout à fait compris qu’il doit cesser de leur servir le grain de l’audimat.

Bruno Adrie