« Fillon, Descartes et ‘le gouvernement des juges’: quand la méthode du discours se réfugie au fond à droite », par Bruno Adrie

 

On trouve ceci sur le blog de Descartes (René, mort à Stockholm en 1650):

Le politique ne peut être un « justiciable comme les autres », parce que tout le monde peut avoir une bonne raison pour lui en vouloir. Un juge qui doit condamner un voleur de poules n’a aucune raison de vouloir personnellement au justiciable du mal ou du bien, et s’il en avait une – un lien de famille ou d’intérêt, par exemple – il devrait se récuser. Mais lorsqu’on juge un politique, tout le monde sans exception a un lien d’affinité ou d’intérêt dans l’affaire. C’est pourquoi le juge « indépendant » n’existe tout simplement pas. Ce n’est pas par hasard si dans tous les systèmes politiques se pose la question des rapports entre le juge et le politique, si chaque pays met en œuvre des principes de séparation et d’immunité plus ou moins développés. Ce n’est pas là un luxe, pas plus que ce n’est une réaction corporative des élus. C’est un véritable problème, qui doit être traité sérieusement si l’on ne veut pas que cela devienne le gouvernement des juges.

Ainsi donc, le blog de Descartes, René (mort à Stockholm en 1650), nous ressort la vieille antienne toujours entonnée par la droite lorsqu’un de ses représentants se retrouve devant un tribunal. Jurant ses grands dieux qu’il ne réagit pas de façon « corporative », il soutient les élus qui prétendent poser la question objective, fondamentale, du danger que constitue un « gouvernement des juges ». Le juge soupçonné de ne pas être « indépendant » de la partie civile ne devrait pas être autorisé à se prononcer sur un cas politique comme celui de François Fillon.

Je parie que ce blog ne s’offusquerait pas tant de l’acharnement des juges contre un présidentiable si le présidentiable soumis à enquête était Mélenchon ou Macron. Je crains que son objectivité proclamée ne soit à géométrie plus variable que cartésienne.

Un indice? Cette note de pied de page ajoutée au texte :

La palme d’or de la bêtise appartient certainement aux militants « insoumis » qui perturbent les meetings de François Fillon avec des concerts de casseroles. Outre le fait que la perturbation des meetings du camp adverse fait partie de la panoplie des partis peu démocratiques, ils n’ont pas l’air de se rendre compte qu’ils contribuent au coup d’état médiatico-judiciaire et qu’ils vont faire élire Macron. Mais bon…

Je suis d’accord avec le fait qu’un concert de casseroles n’est pas démocratique lorsqu’il a pour but de perturber un meeting du camp adverse et que ce genre d’action devrait être interdit. Et je suis certain aussi que la droite n’a jamais pratiqué le concert de matraques pour disperser un meeting de gauche… Cette droite historiquement si démocratique qu’on présente aujourd’hui comme le dernier rempart de la démocratie contre le coup d’Etat qui s’ourdit, selon elle, en ce moment même, en visant Fillon.

On se rend compte que pour le blog de Descartes (mort à Stockholm en 1650, le 11 février pour être précis), c’est Macron qui pose problème, Macron soupçonné d’être derrière le « coup d’Etat » contre la démocratie que constitue cette attaque contre François Fillon. Et on accuse les mélenchonistes de favoriser ce coup d’Etat (et avec quelle insconscience!) en s’acharnant contre le notable Fillon.

Mais le coup d’Etat, il y a longtemps qu’il s’est produit! Le coup d’Etat bancaire, le coup d’Etat contre l’Etat, contre l’indépendance de la nation, réduite à engraisser le capital (anglosaxon, principalement). Et Fillon est loin de ressembler au preux chevalier qui nous garantira notre indépendance, rendra à l’Etat un accès prioritaire à l’épargne nationale en fixant lui-même les taux qui lui conviennent (et qui ne ruineront pas les banquiers mais ramèneront leurs revenus à des proportions plus décentes), interdira les LBO, le CICE et autres inventions d’une classe capitaliste accapareuse qui, contrairement à ce qu’elle prétend, ne prend aucun risque mais s’est depuis longtemps fonctionnarisée en vivant aux dépens de cet Etat qu’elle combat sur ses ondes et dans ses journaux.

Non, Fillon ne défendra pas la veuve et de l’orphelin contre ces clans que le général de Gaulle appelait « les féodalités d’à-présent »! Fillon n’est pas cet homme-là, ne l’a jamais été! Fillonisme et macronisme ne sont au fond que les deux mamelles pourries d’une France jetée comme une vache morte entre les sales pattes griffues de l’Argent!

Comme l’écrivait René Descartes, le vrai, celui qui est mort à Stockholm le 11 février 1650, dans le Discours de la méthode:

La puissance de bien juger, et de distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens, ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes.

Et ma puissance de distinguer le vrai d’avec le faux me susurre à l’oreille que la réaction de ce blog est entièrement partisane et me fait maintenir que (le faux) Descartes ne s’offusquerait pas tant de l’acharnement des juges contre un présidentiable si le présidentiable soumis à enquête était Mélenchon ou Macron.

Personnellement, je me fiche de la tendance politique affichée du bonhomme. S’il est coupable devant la loi, qu’on le juge et qu’il soit puni pour ses crimes et ses escroqueries.

Et que le juge soit partie prenante ou pas n’a qu’un intérêt secondaire si la Justice est servie, au bout du compte. La Providence passe parfois par des détours… providentiels!

Bruno Adrie

Lire « Le coup d’Etat médiatico-judiciaire est en marche », sur le blog de Descartes