« L’Histoire en marche », par Bruno Adrie

« En marche! Je marche, tu marches, nous marchons ». Marcher signifie aussi « croire en une supercherie, un mensonge » et c’est vrai qu’ils marchent. Et s’ils le disent, en plus, c’est qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils marchent dans l’éternel présent d’une société « en mutation » qui « exige qu’on s’adapte ». C’est ce que leur dit le petit hâbleur de foire Macron, le petit technico-manager, le petit ‘french american leader’ à tête de Playmobil qui leur parle de start-up, hurle « projet » dans des micros exténués et piétine l’idée de programme électoral. On ne vote plus pour un programme qui recenserait l’ensemble des politiques à mettre en oeuvre pour faire face aux dangers que la mondialisation (cette gigantesque opération de pillage intellectuellement légalisée par l’emploi d’un terme neutre qui fait processus: la mondialisation), on vote pour un homme providentiel, pour un messie, pour un leader doté d’une vision.
Mais quelle vision?
Celle d’un monde dans lequel (on n’a pas le choix) il faudra uberiser la société, fabriquer du sous-smicard volontaire et corvéable, pédalant, courant à droite et à gauche, afin de survivre, difficilement (et combien de temps?) mais qui aura, pendant sa courte vie saccadée et trépidante de porte-bagages du capital, engraissé les revenus d’un Grossium qui l’exploite depuis sa connexion internet; un monde dans lequel on n’hésitera pas à vendre les joyaux de l’économie nationale aux prédateurs d’outre-Atlantique, nous dépossédant ainsi de notre savoir-faire et de notre richesse; un monde dans lequel une petite canaille encostardée détruira l’Etat et le transformera en locataire, en tributaire, en débiteur, en valet des milieux d’affaires.
Voilà pourquoi les richards lui soufflent dans le cul, le font gonfler et le font planer, baudruche spéculative et incertaine, dans les sondages et au-dessus des meetings où on entasse quelques gogos, quelques paumés qui crient « je marche, tu marches, nous marchons » et qui feraient mieux se taire et d’apprendre à comprendre l’Histoire en marche.

Bruno Adrie