« Macron, le sucré et le ralliement des vieilles savates », par Bruno Adrie

 

Ce qui est nouveau avec Macron, c’est qu’on peut maintenant surgir de nulle part et être propulsé comme une baudruche dans les cieux du carnaval électoral sans avoir jamais eu aucune expérience en politique. Ce qui est nouveau, c’est  de pouvoir même présenter cette inexpérience comme un atout, comme un espoir et comme une révolution.

On voit partout écrit que Macron n’a pas de programme et il est vrai qu’il ne nous sert rien d’autre, à l’antenne, que des petits récits poisseux, des petits contes mièvres à faire pleurer les niais. N’a-t-il pas mis en place des lignes de bus économiques pour qu’enfin les pauvres puissent déjeuner en famille (avant ils pouvaient pas, ne cesse-t-il de répéter)?* N’a-t-il pas proposé d’ouvrir plus de bibliothèques (lui dont Thomas Piketty a dit qu’il ne lit pas ou pas assez) ? Macron fait le doucereux, il bave en longs filaments sucrés, il veut nous noyer dans le sirop, nous rejouer Santa Barbara afin de nous faire oublier la politique, la vraie. Et quelques curieux accourent, mais pas tant que ça vu le nombre de chaises restées pliées dans son dernier meeting à Lyon. Ils l’applaudissent, l’approchent, le reniflent, tâtent l’étoffe de son costard bien mérité et lui serrent la main, sa main blanche et récurée, parfumée à la lingette. Tout ça cinéma projeté sur écran de fumée.

Pendant ce temps-là, il ne nous parle pas de la vente d’Alsthom, élude la question des 120000 euros de Bercy bouffés en 8 mois, ne nous explique pas les petites invitations à dîner adressées à des célébrités (Arielle Dombasle et l’héritier millionnaire BHL, Arielle qui s’en est vanté à la radio, aux « Grosses têtes » où elle sert de perruque et où ses lèvres sont deux limaces glacées glissant grassement sur le micro). Pendant ce temps-là, il ne nous parle pas de la mauvaise volonté de Bercy à sanctionner l’évasion fiscale. Et il ne nous explique pas le ralliement des Minc, des Attali, des Bergé, des Dassault, des Kouchner, des Collomb, des Cohn-Bendit… toute cette meute de vieilles savates machiavéliques et racornies qui l’ont rejoint dans sa marche hallucinée. Mais on a compris. En voilà du nouveau !

Macron au fond, c’est la mort tant attendue du parti socialiste par le parti socialiste lui-même, un parti gêné depuis longtemps par sa propre appellation et qui vient de saisir l’opportunité de disparaître pour mieux renaître sous un autre nom, cette fois parfaitement assumé. Et En Marche ! pourrait bien être le fœtus, la larve d’un futur parti démocrate français à l’américaine, d’un parti pas du tout socialiste mais resté fermement pro-américain, d’un parti relooké par des prestidigitateurs formés sur les bancs de la CIA et de la French American Foundation.

Quand je vois les rats qui courent derrière Macron, le joueur de flûte aux accords crevés, je me dis que la rivière n’est pas loin.

Bruno Adrie

*Tout ça pour dissimuler en réalité sa politique de mise à mort d’un réseau ferré au service de tous.