« Macron, Fillon, la Russie et l’OTAN », par Bruno Adrie

L’historien anglais Perry Anderson a écrit dans un article intitulé « La débâcle grecque » publié en juillet 2015 que « la classe politique française [traduisons par « l’élite »] admire la puissance du jour : hier Washington, aujourd’hui Berlin » et qu’aujourd’hui la France se comporte comme la servante de l’Allemagne « dans une relation assez semblable à celle du Royaume-Uni vis-a-vis des Etats-Unis ». Faut-il voir une confirmation de cette analyse dans le fait que, début juin 2016, Angela Merkel a insisté sur la nécessité de créer une zone économique commune avec la Russie (« Je se prononce pour « un rapprochement progressif de la Russie avec l’espace économique européen afin que nous ayons une zone économique unique de Lisbonne à Vladivostok » a-t-elle alors déclaré) et que, comme pour lui faire écho, François Hollande a affirmé un mois plus tard, durant le sommet de l’OTAN qui se tenait à Varsovie, que « L’OTAN n’a pas du tout vocation à peser sur les relations que l’Europe doit avoir avec la Russie ; et [que] pour la France, la Russie n’est pas un adversaire, n’est pas une menace »?

Or six mois plus tard, Hollande et Merkel se prononcent en faveur d’une prolongation de six mois des sanctions contre la Russie, sanctions consistant en « un accès restreint aux financements internationaux et une limitation de la coopération russo-européenne en matière de défense et d’énergie ».

Peut-on expliquer ce revirement par un rappel de ces deux-là à leur condition de vassaux par Washington?

Qu’importe à Fillon, il n’en a cure. Pendant sa campagne pour la primaire de droite, il ne cache pas la sympathie que lui inspire le président Poutine et n’hésite pas à saluer l’intervention russe en Syrie.

Et voilà que s’ouvrent en grand les placards de son manoir et que des cadavres commencent à en dégringoler. Fillon s’est-il brûlé les sourcils en jouant avec le feu? A-t-il été puni par une puissance étrangère cherchant à orienter les résultats du scrutin?

Une chose est certaine, c’est que Macron aux lingettes parfumées, le young leader sorti de l’élevage de larves en batteries de la French American Foundation, ne trahira pas ses maîtres et que la France, sous sa férule, s’agenouillera, l’échine courbée et le regard baissé, nue, soumise et les mains propres, devant son roi.

Bruno Adrie