« Le menteur, l’Europe et sa victime », par Bruno Adrie

Article publié en janvier 2010 sur le site mondialisation.ca

J’ai longtemps cru qu’il fallait convaincre le menteur. L’asseoir en face de soi, l’écouter gloser, puis le surprendre, le paralyser, le fouetter à coup de phrases sifflantes et de mots coupants comme des lanières de cuir. Mais quel intérêt? À part quand il est un imbécile, le menteur ment par nécessité. Le plus souvent pour de l’argent. Le convaincre serait le discréditer auprès de ses donneurs d’ordre, puis ruiner son train de vie. Car mentir ça rapporte. C’est pourquoi les faiseurs de propagande «propaganderont » toujours, rien ne les arrêtera, et certainement pas un homme seul.

Les menteurs, il y en a plein l’Europe aujourd’hui, plein dans cette Europe trop grande ingouvernable qui détruit notre civilisation et fait des peuples des masses informes, bientôt citoyennes d’un Empire Romain ressuscité pour mieux chuter, pour s’écraser plus bas et s’aplatir devant la fin du monde.

Et la meilleure preuve nous est donnée par un article publié dans le Daily Telegraph du 19 septembre 2000. Intitulé, Les euro-fédéralistes financés par les chefs de l’espionnage US [1], cet article nous prouve – ce que nous soupçonnions depuis De Gaulle [2] – que Robert Schuman et le reste de la clique européiste étaient des employés des services secrets américains – à travers une de leurs filiales l’American Committee for a United Europe (ACUE). L’auteur de l’article, le journaliste d’investigation Ambrose Evans-Pritchard l’a su après avoir consulté des archives déclassifiées à la fin du dernier mandat Clinton. Les principaux financiers de l’opération étaient les Fondations Ford – qui finance aujourd’hui en sous main le Forum Mondial Social [3] – et Rockefeller. Une fois de plus, ceci prouve bien que la politique étrangère n’est jamais faite dans l’intérêt national mais dans celui des élites de la nation [4].

Il était important que l’Europe devînt supranationale afin d’affaiblir la France, fière de sa souveraineté et surtout désireuse de rester maîtresse de ses dépenses et de son destin, et de créer une dictature tenue par des Commissaires et des représentants soigneusement recrutés pour leurs affinités euro-atlantistes. Les cas de Javier Solana, passé, en son temps, du poste d’ancien Secrétaire Général de l’OTAN à celui de haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) puis de secrétaire général à la fois du Conseil de l’Union européenne (UE) et de l’Union de l’Europe occidentale (UEO) et de Durao Barroso, ex-président de la commission européenne, qui doit le lancement de sa carrière à Frank Carlucci, ancien ambassadeur étasunien à Lisbonne, n’épuisent pas la liste des affidés pro étasuniens devenus décideurs – non élus – de ce noyau de prospérité européen indispensable à la survie des Etats-Unis [5].

L’Europe ne devait pas devenir une démocratie, c’était prévu dès le départ. Comme le souligne Ambrose Evans-Pritchard dans l’article précité, « un memo de la section européenne du département d’État étasunien, daté du 11 juin 1965, conseillait au vice-président de la Communauté Européenne, Robert Marjolin, de poursuivre l’union monétaire furtivement et recommandait de supprimer tout débat jusqu’au moment où l’adoption de telles propositions deviendrait pratiquement inévitable [6].»

Celui qui s’en fiche, qu’importe. Qu’il continue de courir aux référendums [7], de voter pour des eurodéputés impuissants et de se choisir – croient-il, «je suis libre !», proclame-t-il, «j’ai des opinions !» – un dirigeant qui pérégrine à Colombey, et se tient au garde à vous, le temps d’une simagrée photographiée, devant la grande croix de Lorraine. Pendant qu’il vote, la Commissaire aux Affaires Étrangères Européenne, l’autrichienne Benita Ferrero-Waldner (2004-2009) affirme sa « conviction que l’Union européenne devrait être représentée au Conseil de sécurité » [8]. Une telle évolution – une Europe parlant d’une seule voix – signifierait la fin de l’indépendance diplomatique française et nous devrions, dès lors, envoyer sans discuter nos soldats dans tous les bourbiers inventés par l’élite étasunienne [9] afin d’encercler puis démanteler la Russie et empêcher l’apparition de tout challenger, que ce soit à l’échelle mondiale ou régionale.

J’ai longtemps cru qu’il fallait convaincre la victime, celle qui croit au mensonge ou celle qui ne veut pas savoir. Mais à quoi bon. Vous ferez ce que vous voudrez car, en définitive, ce n’est pas à la Vérité d’aller vers les hommes, mais aux hommes d’aller vers Elle. La Vérité est toujours là, prête à les accueillir.

Bruno Adrie

[1] Ambrose Evans-Pritchard, « Euro-federalists financed by US spy chiefs », Daily Telegraph, 19/09/2000. . J’avais eu connaissance de cet article en regardant une conférence en ligne de François Asselineau. Cet article est aussi cité dans l’ouvrage d’Annie Lacroix-Riz Aux origines du carcan européen (1900-1960) : La France sous influence allemande et américaine. Contacté par email, Ambrose Evans-Pritchard m’a avoué avoir laissé les documents qui avaient servis à la rédaction de son article à Bruxelles lorsqu’il est rentré en Angleterre et que ceux-ci ont certainement été jetés après son départ.

[2] Les deux plans Fouchet avaient voulu donner à l’Europe une politique de défense indépendante de Washington. Ils visaient certainement à refondre complètement l’Europe bien au-delà de la politique de défense, De Gaulle étant très conscient du fait qu’une Europe supranationale allait desservir chaque État européen et favoriser la suprématie américaine sur notre continent.

[3] “New study on the role of US Foundations”, Aspects of India’s Economy, n°38, December 2004,

[4] Afin de s’en convaincre définitivement, voir les travaux d’Annie Lacroix Riz sur l’entre deux guerres et le rôle des élites françaises dans la défaîte de juin 1940. Annie Lacroix-Riz De Munich à Vichy, l’assassinat de la Troisième République, Paris, 2008, Armand Colin, 408 pages et Annie Lacroix-Riz, Le Choix de la défaite. Les élites françaises Dans les années 1930, Paris, 2006, Armand Colin, 671 pages. Le site d’Annie Lacroix-Riz.

[5] Lire : Bruno COLSON, La stratégie américaine et l’Europe, Institut de stratégie comparée (le document n’est plus en ligne mais je le fournis en pdf joint).

[6] « A memo from the European section, dated June 11, 1965, advises the vice-president of the European Economic Community, Robert Marjolin, to pursue monetary union by stealth. It recommends suppressing debate until the point at which “adoption of such proposals would become virtually inescapable”. »

[7] Le “non” français de 2005, exprimé, sous la présidence de M. Jacques Chirac, à la soi disant Constitution européenne s’est commué en “oui” des députés réunis à Versailles le 4 février 2008, sous la présidence de M. Sarkozy..

[8] European Parliament, Debates, Strasbourg, 13 avril 2005 

[9] On remarquera qu’aujourd’hui, c’est-à-dire sept ans après la rédaction de cet article, c’est pratiquement chose faite et que la France semble plutôt bonne suiveuse des mots d’ordre américains en ce qui concerne l’Ukraine, la Syrie et tout ce qui concerne la Russie en général.

Document jointBruno Colson – La stratégie américaine et l’Europe