Houellebecquons ! (I)

Houellebecq romancier, Houellebecq poète, Houellebecq inspiré. Citons le poète et suivons le pas à pas …


« Après midi »

Le gestes ébauchés se terminent en souffrance

Et au bout de cent pas on aimerait rentrer

Pour se vautrer dans son mal être et se coucher

Car le corps de douleur fait peser sa présence

Dehors il fait très chaud et le ciel est splendide,

La vie fait tournoyer le corps des jeunes gens

Que la nature appelle aux fêtes de printemps

Vous êtes seul hanté par l’image du vide

Et vous sentez peser votre chair solitaire

Et vous ne croyez plus à la vie sur la Terre

Votre corps fatigué palpite avec effort

Pour repousser le sang dans vos membres trop lourds

Vous avez oublié comment on fait l’amour

La nuit tombe sur vous comme un arrêt de mort

Michel Houellebecq, Non réconcilié. Anthologie personnelle 1991-2013.


“Après merdique”

Mes vers défigurés produits dans la souffrance

D’un pays de cent pas que je voudrais quitter

Pour m’immerger enfin dans la brute inconscience

D’une chambre à coucher sans électricité

Dehors il fait splendide et l’azur est bouillant

Sous ses magmas fumants tournoient de jeunes fronts

Recuits par la nature dans un bain bafouillant

Hantés de mots creusés par des rêves sans fond.

Et vous sentez peser sur vos corps grabataires

Tout en désespérant, les lendemains sur Terre

Vos membres épuisés ont des tics las et lourds

Le sang coagulé épaissit vos artères

Vos yeux sont refermés sur des rêves délétères

Et la mort tombe enfin comme un arrêt d’amour.

Bruno Adrie, Pas conciliant, Anthologie impersonnelle, 2015

Gravure : Goya, « El sueño de la razón produce monstruos » (détail), Los Caprichos, 1799

Autres pastiches houllebecquonnatoires.