« Henri Guillemin, la Révolution et le mythe du 4 août », par Bruno Adrie

On a pris l’habitude de lire et d’entendre que dans un élan généreux et révolutionnaire, l’aristocratie a abandonné ses privilèges dans la nuit du 4 août 1789. Rien de plus faux selon Henri Guillemin, camarade de Sartre et de Nizan à Normale.

Mais tout d’abord, qu’est-ce que la Révolution ?

« En 1789, on assiste à quoi ? » demande Guillemin. Et de répondre : « A une bagarre de Nantis, à une rixe de possédants ». En effet, la « grande bourgeoisie possédante ne tolère plus que l’Etat et ses ‘leviers de commande’ soient entre les mains des autres riches, les détenteurs du sol, les nobles.( …) Les nouveaux riches exigent d’être associés (pour le moins) à la gestion des affaires nationales. Au vrai, ils veulent se substituer aux bénéficiaires établis. Et Sieyès et Mirabeau, qui sont leurs hommes, mènent un train d’enfer, poussent des clameurs, s’intitulant eux-mêmes ‘la nation’. Le Tiers-Etat paraît-il, c’est eux. Aux Etats généraux, le Tiers, ce sont les notables. Et ils crient qu’ils sont ‘la France’ ». Et de conclure : « La roture dorée a gagné la partie en 1789. Elle a imposé au roi son gestionnaire de confiance, le banquier Necker. »

La nuit du 4 août

Guillemin écrit dans « Silence aux pauvres ! » que les possédants prennent soin, dès le 14 juillet au soir, de racheter les fusils distribués pour la prise de la Bastille, car ils craignent par-dessus tout que la plèbe rurale ne continue de se jeter sur les « Bastilles locales » et fasse « disparaître (…) les vieux parchemins garants des droits féodaux; (…) D’où cette nuit du 4 août qui inspire à Michelet un délire : mille ans d’oppression effacés en quelques minutes ; « plus de classes ; rien que des Français. Vive la France ! » (sic). Alors qu’il s’agit, pour ces seigneurs pris à la gorge, de désarmer les assaillants, de les apaiser, de leur donner les gages d’une bonne volonté amicale, de leur faire croire qu’ils ont gagné, tout de suite gagné, et totalement. On s’arrange pour que la paysannerie croie tout de bon à l’annulation des droits féodaux, alors qu’il n’est question que de les rendre rachetables ; mais, l’heure franchie du plus grand péril, on expliquera aux ruraux que, pour être quittes, à jamais, de ces versements, il leur faut payer d’un coup trente annuités de ces redevances. Impraticable ! L’abolition réelle et radicale des droits féodaux n’aura lieu que quatre ans plus tard, en juillet 1793, grâce aux robespierristes du Comité de Salut public, Saint-Just et Couthon avant tout. »

Mais Robespierre est mort décapité et son souvenir gît sous le linceul d’une légende noire soigneusement fabriquée et, encore de nos jours, entretenue, malgré les efforts presque cinquantenaires d’un Henri Guillemin.

Réveillons ces vérités salutaires.

Bonne lecture.

Bruno Adrie

Sources :

Henri Guillemin Les voleurs de révolution Nouvel Obs 1968 (document pdf)

Henri Guillemin, « Silence aux pauvres! »