Paralysie de l’esprit critique en temps de crise, par Bruno Adrie

Même le citoyen le plus accroché à son téléviseur, c’est-à-dire le moins bien informé, s’exclame de temps en temps à propos des élus : « ils se f… de nous », « tout ce qui compte pour eux c’est de se goinfrer sur notre dos » montrant à l’occasion qu’il n’a pas grande confiance dans la sincérité des discours politiques qui sont surtout pour lui des discours électoraux, de la propagande, de la confiture à faire passer la pilule, les pilules, pardon.

S’exprimer ainsi, c’est admettre que tout n’est que communication dans le monde politique, qu’aucun discours entendu n’est sincère ou personnel et que ces élus, formés et conseillés par des spécialistes de la propagande – aujourd’hui on dit communication mais Edward Bernays qui était l’un d’eux et pas des moindres disait propagande alors je vais rester fidèle à la terminologie employée par ce fondateur des techniques modernes de manipulation des foules – sont capables de mentir et paraître sincères à faire pleurer à l’exemple de l’arrogant Cahuzac, qui fut ministre menteur et détenteur longue durée de comptes cachés en Suisse.

Ainsi donc, le citoyen, même mal renseigné, est méfiant devant les discours qu’on jette depuis les estrades comme des poignées de bonbons au bromure destinés à le calmer et à endormir ses inquiétudes et ses mécontentements.

La politique comme politique du bromure, intéressant, non ?

Mais il suffit que survienne un choc, un attentat et, comme par magie, sous le feu des canons à blabla démultiplié, on oublie ou feint d’oublier qu’on nous ment et la machine se met en branle. Les journaux sortent de leurs boîtes à palabres les mots qui font peur, les mots-déclencheurs et pas les mots qui pensent : attentats, terroristes, et j’en passe, volontairement, car on les connaît. Les idiots utiles du système, experts, essayistes et intellectuels, sautent dans les écrans et défilent, la mine grave, la main sur le cœur, criant leur inquiétude, leur bouleversement et leur indignation devant une population tout à coup captive des bons sentiments qui l’ensevelissent. Et pendant ce temps, la presse bombarde, arrose le monde de ses peur préfabriquées, de ses crimes toujours bien exploités surtout lorsqu’ils sont commis, ou semblent avoir été commis, par un membre fiché d’une « communauté » considérée comme « mal intégrée » et par conséquent malvenue et invitée une fois de plus à battre sa coulpe et à se taire.

Quand on pense que cette propagande n’est rien d’autre au fond, qu’une propagande de guerre, on peut craindre que le peuple ne soit déjà mûr pour aller se faire tuer, quand on le sommera de le faire, une fleur au bout du fusil. Le climat est devenu maussade pour les chercheurs de vérité.

Grâce aux techniques de paralysie de l’esprit critique en temps de crise, les profiteurs de guerre peuvent jouer sur du velours. Ils l’ont toujours fait.

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