Un dépotoir d’agitation, de grognements, de gueules ouvertes et de grimaces ridicules …

Une cascade de démons tombent du paradis et s’entassent cul par dessus tête sous les coups d’épées d’anges et d’archanges aux traits sereins et aux tuniques immaculées, transformant la partie inférieure du tableau peint par Brueghel (le vieux) en dépotoir d’agitations, de grognements, de gueules ouvertes et  de grimaces ridicules qui dissimulent presque les cornes du Moloch qui les gouverne et les a fait chuter.

Ah, la France, pays de liberté, d’égalité et de fraternité ! Pays des droits de l’homme et du respect des différences!  Pays où l’opinion est reine et toujours respectée ! Ah la France avec son cœur millénaire qui ne bat plus que devant le téléviseur, devant l’écran plat, le plasmatique, avec son câble, ses satellites, ses bouquets de chaînes, sa télécommande, son pluralisme, son ouverture, ses engueulades et ses strip-tease. Un petit écran pour l’homme mais une fenêtre grande ouverte sur l’humanité !

Ses journalistes sont bons, ils le disent eux-mêmes, ils se congratulent, se trouvent efficaces, objectifs, indépendants, se lient avec des ministres, des capitaines d’industrie et gagnent bien leur vie, bien à l’abri.

Mais avez-vous vu comme ils traitent leurs invités, comme ils les agressent, leur coupent la parole, les mitraillent de questions, n’écoutent pas leurs réponses, délaissent leurs preuves, balaient leurs arguments d’un sourire entendu, se moquent de leurs convictions, boutonnés à s’étrangler dans leur arrogance, étouffés par leurs airs supérieurs, vivant en meute pour la curée, pour l’étripage de celui qu’on a fait venir juste pour l’audience et pour donner un spectacle de mise à mort qui prouvera une fois de plus qu’ils sont les plus grands, les plus forts, les plus cultivés, les plus intelligents, et qu’ils mériteraient encore bien une augmentation ?

Car il faut vivre à Paris dans les beaux quartiers; et la nourrir, sa mégalomanie.

Ce que j’y vois? Un tableau brueghélien.

Un dépotoir d’agitations, de grognements, de gueules ouvertes et  de grimaces ridicules qui dissimulent presque les cornes du Moloch qui les gouverne… et voudrait bien vous faire chuter.

Bruno Adrie

Références :

Si vous cherchez des noms, voyez Les nouveaux chiens de garde de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, les documentaires de Pierre Carles (Pas vu pas pris, Enfin pris, Fin de concession, Les ânes ont soif), le livre de Serge Halimi Les nouveaux chiens de garde, le site acrimed.org… entre autres évidemment.

Illustration:

Pieter Brueghel l’Ancien, La chute des Anges rebelles, 1562, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles.

L’article en anglais