Présentation par Philippe Rouached (CLEA-Paris IV, Sorbonne) de « Sous ton nom, Liberté, j’écris mon nom »

Durant l’occupation allemande, Paul Eluard écrit un hymne à la Liberté devenu célèbre :

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J’écris ton nom […]

Sous la plume de Bruno Adrie, ce poème est détourné et devient : « Sous ton nom, liberté, j’écris mon nom ». Privatisée par un « je », la liberté perd son universalité. Ainsi pourrait-on dire : « la liberté, c’est moi ! ». Et c’est là le fil conducteur de ce recueil qui, au fil des nouvelles, révèle au lecteur la relativité de l’Histoire écrite par quelques-uns, au prix d’une mystification. Depuis la nuit des temps, les auteurs satiriques fissurent ce mur d’histoire en écrivant une contre-histoire qui dévoile l’envers du monde ou plutôt un monde à l’envers, selon l’expression de Mickaël Bakhtine. Les nouvelles de Bruno Adrie s’inscrivent dans cette tradition littéraire ininterrompue dont on retrouve la trace dans la satire latine (Juvénal) en passant par la fable (La Fontaine) ou le conte philosophique (Voltaire) pour rejoindre les auteurs contemporains dont la fiction enserre une critique sociale et politique (Luis Sepúlveda). Comme ses illustres prédécesseurs, Bruno Adrie varie les angles de vue pour démystifier notre monde contemporain en créant une « fiction vraie » dans laquelle sont enchâssés les fragments d’un discours politique. Juvénal fustigeait la décadence de Rome, Bruno Adrie fustige le Nouvel Ordre Mondial, voulu par Georges Bush père et ses successeurs jusqu’à Barack Obama, et qui se traduit par une série de guerres hégémoniques conduites par les Etats-Unis dans les Balkans, en Irak et en Afghanistan. Le propagandiste le plus fervent de cette cause est le milliardaire australo-américain, Rupert Murdoch qui mit au service de l’invasion de l’Irak les 175 journaux de son empire médiatique à travers le monde.

Dans une farce géopolitique en quatre actes, Hadji Mourat, l’homme d’affaires devient un personnage de fiction appelé Ruporte Merdèque. Dans la ville de « Niou Rome Sixtine », un homme descend du tramway juste à temps pour respecter le couvre-feu et assister aux informations télévisées (acte un). Des frontières de « Soviétie », au pays dont la capitale est « Kelobad » un général ami, René-Amédée Boujarraf vient de fuir, suite à l’offensive du rebelle Hadji Mourat et de ses « combattants de la liberté ». Boujarraf est torturé puis exécuté. Le passager du tramway regarde à l’écran le reportage bienveillant sur le martyre d’un allié et ami. Le monde libre s’inquiète alors du sort de « la population des Déserts flous » et de la fermeture des frontières « aux produits que nous exportons ». Comme dans la nouvelle précédente (Boue Bleue), guerre et intérêts économiques sont liés (acte deux). « Ruporte Merdèque » rêve de s’emparer des réserves de menthol de ces « Déserts flous ». Ce magnat côtoie le gratin de l’Empire, tel Barbak Groupama, et élabore un plan pour reprendre le contrôle de ce fameux menthol, s’appuyant sur son empire de presse (acte trois). Après s’être assoupi, l’homme du tramway, qui n’est autre qu’Hadji Mourat, suit sur son écran cette prise de pouvoir, satisfait de cette manipulation médiatique dont le but est de cacher derrière des masques le pouvoir réel (acte quatre). Le narrateur décrit avec ironie ce panorama médiatique :

D’inépuisables causeurs de plateaux, rémunérés pour enliser les débats sont réunis ce soir. Ils sortent des mêmes écoles, vivent de la même façon, pensent peu mais sont passés maîtres dans l’art inépuisé de tricoter des haillons de phrases. On les dit journalistes, experts, philosophes, chercheurs désintéressés d’une vérité complexe qui sans cesse leur échappe. Eux sont décomplexés et mélangent tout : les faits, leurs préjugés, leurs envies, leur cynisme, leurs mensonges et ils parlent, parlent et un public ignorant se suspend à leurs lèvres, à leurs grimaces, à leur sérieux, à leurs syllabes pédantes qui tombent comme des joyaux d’un ciel de verroterie où ils ont rang de contremaîtres. (Hadji Mourat)

Plus loin dans le recueil, on retrouve « l’humaniste et philanthrope » Ruporte Merdèque à la manœuvre dans la guerre des Balkans. Le contrepoint ironique du discours officiel est donné à nouveau par le narrateur :

En l’an mille neuf cent nonante neuf sept mois, la Servoboglobine fut libérée puis dépecée. Ses mines, son industrie, les produits de son agriculture, tout tomba dans la patte bienveillante de la Banque des Accumulations Durables, dont la mission était de garantir la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes » (Sous ton nom liberté, j’écris mon nom)

La chute du dictateur Tito Skopic ouvre la porte à une étrange démocratie, contrôlée de l’extérieur et d’en haut, qui permet de remplir une liste de noms à figurer sous le mot « Liberté », non pas l’universelle, mais l’autre, celle qui est encadrée et qui a fait de nombreux morts. Enfin, dans la nouvelle qui clôt le recueil, reparaît Ruporte Merdèque du haut de sa tour plantée dans « Niou Rome Sixtine », tel Nemrod et sa tour de Babel. Un cavalier surgit au siège de la « Sphincter & Menthol » et entre dans le bureau de Merdèque. Au cours d’un échange entre les deux personnages, l’idéologie mégalomane de Merdèque se précise :

Je suis Merdèque, Ruporte Merdèque, le Grand, le Maître d’école des pithécanthropes, le Catéchiste des anthropoïdes, la conscience invisible des citoyens de l’Empire des Bons. Je tiens dans ma main droite la Presse-à-Cervelles, et dans ma main gauche les usines qui arment l’Empire. Je suis le guide suprême et le monde s’apprête, sous ma conduite, à sortir du désert de l’Histoire. Il va bientôt entrer dans une ère de paix et de prospérité qu’aucune génération, qu’aucun empire n’aura jamais rêvée. Demain luira l’aube glorieuse de mon royaume d’un milliard d’années. Demain l’Histoire ne sera plus. Je suis au faîte de ma puissance. Mon cœur déborde d’allégresse.  (Tryptique).

Dans ce qui pourrait être une parodie d’un épisode de James Bond (« Je suis Merdèque, Ruporte Merdèque » fait écho à la célèbre phrase : « Je suis Bond, James Bond »), Ruporte Merdèque est terrassé par un cavalier avant qu’il ne mette à exécution son projet funeste de lâcher « des tonnes de particules indétectables sur la Froide Soviétie », (ibid.).

Plusieurs nouvelles constituent des répliques de moindre ampleur de ces guerres de « Kelobad » et de « Servoboglobine ». Ainsi, dans la nouvelle qui ouvre le recueil, une voiture blindée, fortement encadrée de militaires, traverse une « contrée semée de mitraille » et qui porte les stigmates d’un conflit sanglant (Il vient d’arriver !). A son bord, le représentant local des « forces de la coalition » venu de Californie file vers son palais de mauvais goût. Il meurt dans un attentat à ses portes. La nouvelle se clôt sur une dépêche qui illustre ce détournement de l’Histoire suggéré par le titre du recueil. Selon cette dépêche, le défunt n’est autre que Mickey Mouse.

Plus avant dans le dévoilement de la manipulation médiatique, Bruno Adrie décrit une guerre imaginaire au cours de laquelle un maire feint de faire face, avec courage, aux bombardements de sa ville tandis que, dans les souterrains, la population fabrique les obus qui permettent de riposter à l’ennemi invisible. Dans cette ville :

« Hommes, femmes, enfants, toute la communauté est mobilisée. Chaque citoyen est appelé ouvrier. L’ouvrier travaille dix-sept heures par jour, pas une de plus car il doit pouvoir manger et dormir. » (Home is where the hatred is)

Evidemment, l’effort de guerre inclut l’interdiction de penser, supervisée par un « ingénieur en contrôle de la pensée […] à la tête d’une équipe de douze spécialistes » (ibid.). Le travail est élevé au rang de religion et ceux qui sont dubitatifs sont « confisqués », c’est-à-dire extraits du lieu de leur travail, rééduqués et réhabilités. Depuis une « plate-forme », sorte de paradis artificiel, ce monde du travail est contrôlé par les autorités politiques, militaires et industrielles de la compagnie d’armement « Kill & Bury ». Le lecteur découvre que cette guerre est une mise en scène pour soumettre la ville et ses ouvriers aux intérêts desdites autorités. Avec cette fiction, l’auteur fustige la fabrication d’un ennemi et d’un état de guerre pour justifier la soumission d’un peuple à des lois d’exception.

Dans cet ordre mondial contraint, la résistance est représentée par deux personnages : le prisonnier et le déserteur. Dans un monologue intérieur poignant, un prisonnier de la « Centrale Vladimir Lénine, an 12986 » décrit la douleur de l’enfermement par la métaphore d’une lame imaginaire :

Quand j’ai trouvé cette lame – j’en souffre encore aujourd’hui – mais ma vie n’est qu’un long aujourd’hui, j’ai cherché mon cœur avec sa pointe tordue, mon cœur qui battait encore un peu, je crois, discrètement, comme s’il avait peur de troubler le silence de son sépulcre, mon cœur timide et boursouflé qu’un sang glacial noyait jusqu’à l’écœurement, j’ai cherché mon cœur, j’y ai planté cette lame, pour me sauver. (Depuis rien)

Le référent contextuel est peu précis, élevant la figure du prisonnier et celle de ses bourreaux à une catégorie universelle :

[…] la brièveté n’exclut pas la douleur et la douleur peut être infinie pendant un temps très bref-qui se produit à l’ombre des grands champignons que la volonté de puissance des gros, des riches, des accapareurs a fait sortir, a extirpé à coups de bâtons, à coups de trompettes et à coups de dollars des esprits rares venus sur la Terre pour en hâter la destruction. (Depuis rien)

Ce prisonnier aux sens exacerbés par sa condition décrit un monde apocalyptique dont la noirceur semble rivaliser avec celle des dessins de Goya intitulés les désastres de la guerre.

Quant au déserteur, las de combattre pour les intérêts d’autrui, il prend la fuite et finit par s’empaler dans la baïonnette de l’ennemi. Autrui, c’est, parmi d’autres, Pierre Boursac :

le fabricant, l’industriel des revues illustrées, l’honorable homme d’affaire, l’ami des ministres, le confident des rois, l’héritier de trois générations de bénéfices industriels et spéculatifs. Pierre Boursac habille le soldat. Pierre Boursac habille la France pour qu’elle tue et se fasse tuer ! (Boue bleue)

Ce fugitif rompt le patriotisme ambiant, particulièrement celui des officiers qui

simulaient déjà la grandeur des statues qui célébreraient un jour leurs défaites en remerciant les morts au prix du ciment. (Ibid.)

Le narrateur prend ici le contre-pied des discours patriotiques dont il révèle l’envers idéologique avec le personnage de Pierre Boursac qui

avait déjà vendu des millions de ces uniformes et placé les lingots qu’il en avait tirés dans les plus gros coffres forts du monde, en Amérique, à New York, à Boston et à Philadelphie. (Ibid.)

Un lieutenant de cette armée s’apprête à épouser Albertine, la fille et héritière de Pierre Boursac. Mais ce projet ne se réalisera pas. En effet, le lieutenant est tué par le déserteur. Les deux hommes se rejoignent ainsi dans la mort, l’un après avoir caressé le rêve de faire fortune et l’autre après avoir tenté de fraterniser avec l’ennemi désigné.

Dans Rejeton, c’est une autre lignée familiale dont Bruno Adrie nous raconte l’enrichissement, au fil du temps. Il s’agit du « patriarcat républicain » qui, de nos jours, s’enrichit à coups de fusions et restructurations. Le « rejeton » est le dernier descendant, devenu ministre à plusieurs reprises des « Bons Comptes » ou des « Dépossessions Calculées » puis président de la République à 36 ans, « le président des pauvres », expression qui laissait le petit peuple dubitatif voire hilare. Et pour parfaire son éducation, le père résume ainsi la réalité : « L’ordre du monde, c’est le riche qui dîne aux frais du pauvre à une table à laquelle le pauvre ne sera jamais convié » (Rejeton). Bruno Adrie transcrit en italique la prononciation déformée des paroles du candidat à la présidence, des formules vidées de leur contenu telles que « la transparence », « la justice » ou « l’égalité ». Cette transcription d’un discours oral n’est pas sans rappeler l’écriture de Céline.

Dans la nouvelle intitulée Immortelle FS4A, assurément la plus originale du recueil, Bruno Adrie élargit son discours satirique à l’art, précisément l’art officiel, sponsorisé. Le lecteur découvre une exposition d’art contemporain à laquelle assistent de nombreux invités. Ceux-ci suivent un long conduit qui n’est autre qu’un gros intestin pour aboutir à une salle « grande comme dix cathédrales » (Immortelle FS4A) contenant une fosse d’aisance. Cette œuvre de Krotoslav Merdolov le bien-nommé s’intitule « Le Retour à l’Ordre par le Chaos ». L’horreur est à son comble lorsque l’artiste explique que cette œuvre organique n’est autre qu’un patchwork d’organes cousus ensemble, après avoir été prélevés sur les détenus du « Goulag Tropical » condamnés à mort. L’artiste explique que « le rachat passe par la souffrance » pour ces êtres qu’il a sauvés d’une mort inéluctable. Ainsi,

Les Arts Abscons, Abstrus et Amphigouriques naissent, Mesdames et Messieurs, d’une brusque décharge de l’inconscient, un accouchement brutal, avant-gardiste, prématuré, monstrueux, inattendu, redouté. Il est l’aboutissement d’une gestation hallucinatoire. (Immortelle FS4A)

L’auteur parodie le discours de ces artistes douteux qui se réfugient sous des concepts fumeux pour mieux masquer leur médiocrité. Mais il y a plus : cette performance organisée par la FS4A (« Fondation du Sphincter des Arts Abstrus, Abscons et Amphigouriques ») est « en partie financée par l’armée ». Rappelons que la « Sphincter & Menthol » est, entre autres, une compagnie pétrolière qui appartient à Ruport Merdèque. En somme, même l’art est affaire de pouvoir. La chute de cette nouvelle que nous laissons au lecteur le soin de découvrir est réellement effroyable. Cette projection de ce que notre monde contemporain pourrait devenir n’est pas sans rappeler l’œuvre célèbre de Georges Orwell, 1984 et pose la question des limites que peuvent atteindre les dérives d’une société. Ce n’est qu’une question de temps pour que ce qui est de la science-fiction cesse de l’être. En effet, la dérive des groupes dominants naît de ce que leur discours d’autolégitimation n’est plus contredit :

Les 4A n’ont à respecter aucune morale. Ils sont le lieu de toutes les conquêtes et de toutes les libertés. Sans eux, nous irions tout droit à la dictature. Sans eux nous porterions des chaînes et tomberions à la merci de quelque Moloch. (Immortelle FS4A)

Et c’est une illustration de plus du vers détourné d’Eluard, fil conducteur du recueil où chaque portrait est finement ciselé, dans une écriture limpide assez proche de Jean Rouaud dans Les champs d’honneur.

Sous d’autres cieux et avec d’autres personnages, la tragédie du pouvoir se rejoue à l’infini, identique à quelques variantes près. Quelque part en Colombie, un pêcheur pauvre et orphelin, Álvaro, répète le discours officiel qu’on lui a martelé, celui des grands propriétaires terriens. Tout se mêle dans ce cocktail d’Amérique latine : misère, corruption, culture de coca, armée contre guerrilleros, qualifiés de « terroristes » et de lâches par Ermenegildo Cobarde, le maire du village. Par un enchâssement de voix, l’auteur décrit ce monde renversé où les bourreaux deviennent victimes, avec ironie que l’auteur définit, en exergue, comme « un poignard qu’on enfonce dans l’âme pourrie de ceux qui mentent par profession » (Sous ton nom liberté, j’écris mon nom). En effet, celui qui traite de lâches les « terroristes » n’est autre qu’Ermenegildo « cobarde » (qui précisément signifie « lâche » en espagnol). Tout se précipite lorsque la fille du Président, Grida, est enlevée. L’armée secoue tout le pays, et c’est un euphémisme, pour retrouver la captive. Le pêcheur pauvre raconte la libération de Grida et révèle le secret de la mort de son père.

Au fil des nouvelles, les formes de la fiction évoluent et se réinventent. Et c’est un plateau de cinéma que Bruno Adrie choisit comme cadre pour transposer la comédie du pouvoir à un plan symbolique. Il s’agit du tournage d’un film avec des indiens dans lequel Antiochos Walter, sorte de prophète de l’Apocalypse, et ses « douze démons » annonce au peuple des « hommes rouges » la fin des temps et vient « collecter l’impôt du sang » au nom des « Présences Invisibles », épuisées de lutter « jour et nuit contre les ombres qui nous guettent depuis le royaume des morts » (L’arrivée extraordinaire d’Antiochos Walter). C’est là le prix de la liberté. Cette nouvelle est une parodie de cette liberté messianique mais relative, imposée par la force au peuple. Antiochos Walter, mille ans après avoir été assassiné par ses « douze démons » ou « Écorcheurs savants » revient en cavalier. Johnny, l’acteur qui joue le rôle d’Antiochos Walter, tue les douze Écorcheurs savants et met un terme à « un mensonge qui a duré mille ans » (Ibid.).

Dans cette galerie qui compose cette « histoire universelle de l’infamie », un personnage se dégage, un clochard déguenillé au cœur pur qui assiste à un concert à l’Opéra, une messe précisément, au milieu des « Grands », des riches qui le méprisent et où les musiciens sont des domestiques applaudis par leurs maîtres. (Ibid.). Au milieu de la bonne société qui le rejette, l’intrus voit le monde « tel qu’il est » (Ainsi m’aimeriez-vous ?). Dans cette nouvelle, c’est le regard des nantis sur les pauvres qui est mis en évidence. Ce pauvre erre s’appelle « l’Amour » et il personnifie précisément ce que tous rejettent.

Depuis l’Antiquité, avec les figures de Démocrite et d’Héraclite, on sait qu’il y a deux manières de regarder le monde : en riant ou en pleurant. Bruno Adrie a choisi l’humour pour atténuer un panorama assez sombre et jeter un regard distancié sur le monde contemporain. Les noms et les lieux sont déformés avec humour, même si le lecteur identifie aisément qui est ce Barbak Groupama qui s’exclame, depuis le Bureau Ovale : « yes I can ». De même, certains journalistes sont déportés au fort de « Wotanuamo » pour avoir émis l’hypothèse que le « chef » toujours ganté « n’avait pas de mains mais des pattes ». Les rumeurs à l’égard de l’Empire (comprenez l’impérialisme nord-américain) sont malveillantes et elles émanent des services secrets « soviétiens » (Il vient d’arriver). L’auteur passe aisément du double sens de « La Presse-à-cervelles » à l’antiphrase avec « l’Écran-qui-dit-tout » ou au néologisme « orbitalisée » (Depuis rien) et « tonitrûment » (Hadji Mourat) procédés qui ne sont pas sans rappeler Boris Vian.

Cependant, l’humour est la modalité évidente de la satire sociale et politique derrière laquelle se dissimulent d’autres niveaux de signification. Et c’est le propre de la satire de sous-entendre et d’inviter le lecteur à la connivence. Ainsi, ce recueil de nouvelles ne dit pas qui est ce justicier à cheval qui porte un coup fatal à l’un des protagonistes de ce nouvel ordre mondial. Il ne dit pas non plus quel sens donner à ce juste retour des choses qui clôt le recueil de manière énigmatique. S’agit-il d’un fantasme de l’auteur ou d’une prophétie ? De même, qui est le dieu borgne du défunt Mickey Mouse et qu’est-ce qui se cache derrière cette sympathique mascotte au point de mériter la mort ? Dans ce combat archétypique du Bien et du Mal, pourquoi l’allégorie de l’Amour est-elle représentée sous les traits d’un mendiant ?

A une époque où l’Histoire est en crise, car impuissante à interpréter le temps présent, mal relayée par des spécialistes de tous bords, il est remarquable que le champ de la littérature soit investi à nouveau pour proposer un regard éclairant sur le monde. Gageons que le lecteur aura plaisir à explorer ce grand théâtre du monde.

Philippe ROUACHED (CLEA-Paris IV, Sorbonne)

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